Une page blanche pour l’Essentiel

Je n’ai jamais aimé que l’on me dise quoi faire, ni comment le faire.

Et cette année, j’ai particulièrement détesté que l’on me dicte ce qui était essentiel et ce qui ne l’était pas… La proximité des peaux, l’effleurement des lèvres, les mots qui se chuchotent au creux de l’oreille. Les réunions des âmes dépourvues de leurs sœurs, laissées déchues et déçues, les marmites d’amour à partager, concoctées avec le cœur. Les mausolées où l’art est exposé – toutes ces malles remplies d’histoires que l’on nous a fermées.

À distance, nos cœurs dansaient éloignés, rêvant des lendemains où ils pourraient se retrouver enfin.

*

Je n’ai jamais aimé que l’on me dise quoi faire, ni comment le faire.

Et cette année, j’ai particulièrement maudit les libertés que l’on nous a arrachées.

Les Essentielles.

Celles qui font vibrer les os, frissonner la peau.

Celles qui ont un goût tout doux, qui équilibrent l’amertume des jours de brume, qui font tenir nos vies face aux fléaux, sur ce fil si fin, si délicat, si près de céder et à tout moment, de voler en éclats.

Ces libertés-barycentres.

Ces libertés vitales, qui font gronder la vie en nous.  

*

Confinées dans leurs antres cloisonnés, il nous a fallu les recréer.

Les faire pousser sur les bords des fenêtres, dans les jardins – au quotidien.

Il a fallu faire germer des graines de créativité, partout, pour éviter de sombrer dans le déclin des routines sans fin de nos journées.  

Les Essentielles prohibées, il a fallu aller puiser en nous et au dehors encore accessible.

Il a fallu renouer avec le passé, ne pas avoir peur d’y retourner, la tête baissée, sans trop y penser. Et puis il a fallu le déposer à la plume et au pinceau sur le papier, sur des films aux grains argentés, puis les développer, faire un tout et enfin, consigner. Il a fallu traverser des champs minés, se confronter aux entraves, affronter les difficultés trop longtemps ignorées, laissées de côté.

Pour s’en dégager, pour être libéré.e.s. Pour retrouver la Liberté.

La liberté de repartir. Repartir vivre. Pour de vrai. 

2020 m’a semblé être comme un mauvais départ.

Et même si rien n’est terminé. Même si rien n’est effacé.

Aujourd’hui je sais.

Aujourd’hui je suis prête.

Pour de vrai.

J’ai passé tellement de temps à détruire mon corps, des années à brûler tout, à dépenser tant de précieuse énergie, à gâcher de si nombreuses étincelles, pour ne plus rien sentir, qu’il n’est un jour resté que le froid.

Seulement le froid.

Le froid qui glace la peau. Le froid qui perce les os.

Mais aujourd’hui plus que jamais, je sais. J’ai appris. De la vie au ralenti. De la vie abasourdie. J’ai retenu mes leçons.

Aujourd’hui je suis prête. Pour de vrai.

*

Je veux vivre sans plus faire semblant.

Je veux sentir, ressentir, comme jamais auparavant.

Être touchée si profondément – par le vent et sa légèreté, par l’eau et sa grâce, par la terre sous mes pieds, et par le feu qui dévore de l’intérieur, prend toute la place.  

Je veux sentir cette Liberté, ces vitalités – les Essentielles.

Je veux les sentir caresser ma peau, faire rosir mes joues, m’arroser le cœur et y faire pousser des fleurs.

Je ne veux plus faire semblant.

Je veux être en vie plus que jamais avant.

*

Chaque premier jour de l’année, j’ai l’impression de me répéter.

Et pourtant tout change sans cesse. Tout se meut. Tout m’émeut.

Et tout est différent.

2020, tu nous as rappelé qu’au creux de l’obscurité peuvent toujours jaillir des faisceaux de lumière…

Non, 2020, tu n’étais pas une année entre parenthèses.

Tu étais, toi aussi, essentielle, à ta manière.  

Tu as été là pour nous recentrer. Pour nous rappeler à nous et à celleux qui importent.

Tu nous as ouvert les yeux, fait tomber les œillères qui nous empêchaient d’avancer, que l’on gardait comme pour se protéger, ou plutôt s’épargner – la douleur et puis les pleurs.

2020, tu nous as montré que même quand notre verre est à moitié vide, il est toujours aussi à moitié plein.

2020, tu es derrière nous à présent. Et je te dis au revoir sans regret, en te lâchant la main, comme à une vieille amie désormais partie d’ici. Je te laisse t’en aller comme j’ai dû un jour laisser partir mon passé.

*

Sans tumulte, tu as fait place à 2021.

Une nouvelle année pour ramener les Essentielles et faire souffler les vents de la Liberté.

*

2021. Jour 1. Un jour pour exister.

Un jour pour voir l’horizon dégagé.

Pour entendre le tendre ailleurs.

Pour sentir l’océan, le sable sous les pieds.

Pour voyager. Même si ce n’est encore que par la pensée.

Pour toucher du bout des doigts l’essence de tout, et puis pour goûter à tout ce que je ne connais pas.

2021. Jour 1. Un jour pour créer.

Pour construire tout cet art qui traduit les sensations, parle les émotions

– tout cet art qui dit le beau et les maux, qui raconte et qui soigne.

Tout cet art pour prendre un nouveau départ.

*

2021, redonne-nous l’Essentiel.

Redonne-nous les corps qui s’emmêlent,

les cœurs qui se font écho,

les yeux au bord des sanglots

qui s’émerveillent.

2021, fais-nous voyager à nouveau.

Fais-nous partir à l’aventure, sans en oublier les mésaventures !

Je suis certaine que toi aussi, malgré tes défauts (parce que oui, tu en auras), tu regorgeras de beau.

2021, comble-nous d’histoires à raconter.

Emplis-nous d’inspiration et de poésie pour tout cet art qu’il y a à créer. 

2021, emporte-nous.

Offre-nous une année belle à rêver.

*

2021, je t’en prie, redonne au mot « essentiel » sa vraie définition,

toute sa vitalité.

Et fais-le résonner dans chacune de tes journées, à ton solstice d’été comme à celui d’hiver.  

Écris-le tendrement sur chacune de tes 365 pages blanches.

*

2021, je t’en prie, pour l’amour de la Vie, réécris l’Essentiel, et souris.

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