‘En Quête’ ~ 10 expositions en une ! • Institut pour la photographie, Lille

Tant qu’il nous reste l’art et l’amour, il nous reste l’essentiel… ce sont à peu près les mots de cette personne chère à mon cœur qui résonnent en moi et qu’il faut tenter de faire résonner encore et encore et toujours plus fort, en ces temps d’inconfort.

Troisième et dernière étape sur la route des expos où je me suis arrêtée avant la fermeture des galeries, la condamnation de ces puits d’infini où la vie se fige et défile au fil des photographies et autres façonnages créatifs de l’esprit. Dernière étape avant de partir re-parcourir ces mausolées vivants de l’art, ces musées parsemés partout, nichés tout autour de nous…

Arrêt à l’Institut pour la photographie à Lille pour ‘En Quête’, un ensemble de 10 expositions inédites articulé autour de la notion de « l’enquête photographique ». Celles-ci révèlent comment ce genre du 8ème art éduque le regard à voir autrement l’actualité, l’histoire ou encore notre territoire.

Déambulant à travers l’espace ouvert, où les salles se juxtaposent et se superposent, les yeux voyagent et questionnent, la perception se trouble autant qu’elle s’aiguise, et puis les lectures personnelles se dessinent, prennent forme dans l’esprit. Pas après pas, les reflets des images font écho dans les têtes et s’entrechoquent ou bien se lient pour faire naître des questions ou bien faire apparaître des réponses sur le monde et sur l’humain aujourd’hui.

‘En Quête’ n’est pas la vérité. L’exposition est un témoignage hybridé où les témoins sont les photographes seuls face à leur monde – intérieur et extérieur. Elle est une histoire écrite à plusieurs regards, une valse du passé et du présent, une marche vers l’avenir.  

L’ensemble des expositions repositionne ainsi la photographie dans sa situation essentielle, celle qui rapproche les Hommes d’eux-mêmes, des autres, et de la terre.

‘En Quête’ rassemblent 10 travaux d’artistes français et internationaux aux styles et aux procédés divers. Parmi ceux-ci :

Mascarades et Carnaval’ réunit les œuvres de 10 auteurs contemporains qui offrent à voir une nouvelle représentation de ces rituels traditionnels à l’échelle européenne. Avec ‘Motifs’, le même thème se poursuit en s’attachant tout particulièrement à la région de Lille ; la série mêle archives réelles et imaginaires du carnaval de Dunkerque entre 1980 et 2020. ‘Chaplin et Le Dictateur’, production en partenariat avec Les Rencontres d’Arles, propose un retour en images sur le tournage du plus grand succès du cinéaste à l’occasion du 80ème anniversaire de la sortie du film.

‘En Quête’ présente aussi ‘Réalités données’, une exposition de l’agence internationale MAPS, ‘La ligne d’eau’ issue de la dernière série du photographe Frédéric Cornu, et laisse cartes blanches à certains acteurs régionaux du milieu (le CRP de Douchy-les-Mines avec ‘Les Dolines’ de Ilanit Illouz, Diaphane avec ‘Fragments & Trans’ de Serge Clément, et Destin Sensible avec Je suis d’ici de Bertrand Meunier).

L’institut pour la photographie offre, par le biais de cette programmation, un aperçu de son projet en devenir et de son vaste champ d’expérimentation pour rendre compte du rôle déterminant de la photographie dans les représentations et perceptions du monde.

* * *

MASCARADES ET CARNAVALS

Mascarades et Carnavals présente la vision hybride du carnaval et de sa dimension rituelle. Chaque artiste exposé approche le sujet du masque et celui de son universalité, et pose ainsi la question de l’identité et de la représentation de soi et du monde alentour.  

Souvent défini comme une fête célébrant « un monde à l’envers », le carnaval européen endosse, dans sa tradition, un rôle de catharsis permettant aux peuples de se délivrer de leurs houles d’émotions négatives et empoisonnées, puis de retrouver une certaine pureté et tranquillité d’esprit et tout recommencer.

MOTIFS

Motifs est la concrétisation d’une carte blanche laissée aux étudiants du Master Arts Parcours Exposition/Production des Œuvres d’Art Contemporains et Arts Plastiques et Visuels de l’Université de Lille pour concevoir et produire une exposition dédiée au Carnaval de Dunkerque.

Les jeunes pousses ont travaillé à partir d’archives, qu’ils ont saisi et réinterprété, réinventé, à leur manière, selon leur regard et leur vision. En les prolongeant ou en les détournant, les artistes ont (re-)fabriqué les ‘motifs’ du carnaval – ses formes contrastées et malléables, et ses raisons d’exister.  

L’ensemble des œuvres offre ainsi une relecture de divers évènements qui ont marqué la célébration dunkerquoise depuis 40 ans. Parmi les fétiches qui s’extirpent des travaux placardés sur les murs, le chahut, le jet de harengs, les bandes, le zo’tche et les pépins sont autant symboles de fête que signes de tensions sociales.

Dans son hybridité, Motifs propose « un dialogue entre enquête documentaire et propositions artistiques contemporaines. »

CHAPLIN ET LE DICTATEUR

Pendant quelques instants, Chaplin et Le Dictateur fige les images en mouvement de ce grand classique du cinéma et plonge le spectateur dans les coulisses de sa réalisation. A travers les photographies d’archive inédites prises pendant le tournage du film par l’assistant-réalisateur de Chaplin, Dan James, on découvre la satire visionnaire du cinéaste sous un nouvel angle.

« Celui qui me dépouille de mon amour-propre et de mon droit d’expression en tant qu’homme libre, vole et piétine jusqu’à l’éteindre l’étincelle de toute vie que l’on pourrait trouver en moi. »

~ Charlie Chaplin, 1952

RÉALITÉS DONNÉES (par MAPS)

Réalités données ancre ses sujets dans l’actualité sociétale multithématique axée sur l’humain et son environnement. L’exposition traite ainsi de ruralité, d’immigration, de tourisme, d’agriculture, de parentalité, d’inclusion et d’exclusion, etc.

Partie d’une expérience individuelle mais née d’une création collective où les sujets et modèles se sont faits à leur tour photographes, illustrateurs, écrivains, conteurs de la réalité, la curation esquisse une vérité sensible et complexe qui transcende le particularisme et révèle l’universel.

LA LIGNE D’EAU par Frédéric Cornu

La ligne d’eau constitue une réflexion sur la notion de territoire. Ce travail fait suite à l’annonce en 2017 du projet du Canal Nord-Seine, un chantier d’envergure nationale qui vise à relier sur 105 kilomètres le port de Dunkerque à l’Oise pour faciliter le transport de marchandises entre le Benelux et Le Havre.  

A travers ses photographies, Frédéric Cornu imagine le tracé du futur canal comme l’itinéraire d’un voyage où défilent les paysages. Il dresse un constat tout en reliefs et en couleurs de ce qui est encore et qui est voué à être transformé. Ses images capturées au moyen format dévoilent alors toute la riche complexité du territoire, héritier du passé, à l’allure façonnée par le temps qui s’est écoulé et les traditions qui l’ont modelé.

Cependant, au cœur de l’immobilité des panoramas, où l’espace rural est cristallisé, le photographe part en quête de l’humain. Ce dernier vient alors prédominer toute la série photographique et se positionne dans une recherche minutieuse de création pour habiter, d’une nouvelle manière, une certaine déshérence.

MONUMENTU par Philémon Vanorlé

Monumentu propose une collection de photographies vernaculaires prises dans l’espace public avec en scène des hommes, des femmes, et des enfants qui prennent la pose comme sur des photos de famille. Ces dernières sont néanmoins particulières, car chacune d’entre elles est estampée d’un monumentu choisi par le sujet, un objet de la banalité qu’ils élisent et choisissent de célébrer sur le temps suspendu d’un cliché.   

Le temps de l’éphémère, les tableaux de vie immobilisés, leur ordinaire capturé, confèrent au quotidien tout le spectre de l’extraordinaire.

« Monumentu est un néologisme, un mot-valise qui contracte ‘monument’ et ‘tu’.

‘Tu’ comme le pronom, et ‘tu’ comme le participe passé du verbe ‘taire’. »

SI J’ÉTAIS…, exposition participative

Si j’étais… est la première collecte de photographies ouverte au public. Initié par l’Institut pour la Photographie, en partenariat avec la plateforme Wipplay, le projet participatif se présente comme une invitation à réfléchir à l’utilisation exponentielle des images et à leur partage massif.

Qu’elles aient été réalisées pour l’occasion ou bien retrouvées dans les archives personnelles, elles sont autant de portraits décalés et détournés, qui interrogent sur la place et le rôle aujourd’hui crucial de la lecture critique des photographies.

Au vu de ces enjeux, les partenaires ont souhaité que le public s’approprie l’accrochage de leurs clichés, et réinvente ainsi continuellement les histoires qui se dessinent sur les murs.

• LES CARTES BLANCHES AUX ACTEURS RÉGIONAUX DE LA PHOTOGRAPHIE •

LES DOLINES par Ilanit Illouz (carte blanche au CRP de Douchy-les-Mines)

Produite entre 2016 et 2020, la série Les dolines propose un ensemble de photographies, tirées selon une démarche expérimentale, qui lèvent le rideau sur la problématique environnementale de l’épuisement des ressources naturelles lié aux activités humaines.

Plasticienne et photographe, Ilanit Illouz arpente les territoires et en reconstitue la mémoire à travers ses photographies, à partir desquelles elle réalise des tirages pigmentaires dégradés par du sel de la mer Morte.

Elle grave ainsi l’identité physique d’un lieu dans la matière photographique.

Lors de son exploration du désert de Judée en 2016, elle est témoin de la catastrophe écologique provoquée par les infrastructures de taille, construites par Israël et la Jordanie. Dans le fond du lac asséché qui se tient devant elle se sont creusés de nombreux cratères – les dolines.

Ses images prennent une apparence fossilisée, qui fige au tirage la trame organique vivante de ces abîmes.

« Pour ce torrent sans lit

Ce chant immobile de pierres…

Pour cette eau qui monte

Dans la clarté des pierres »

~ Sol absolu, 1972

FRAGMENTS & TRANS par Serge Clément (carte blanche à Diaphane, pôle photographique en Hauts-de-France)

Fragments & Trans de Serge Clément (1950, Canada) s’est constitué lors d’une résidence d’artiste dans trois lieux distincts – Amiens, Beauvais et Clermont – et pendant trois semaines.

Lors de son séjour et de ses marches à travers ces villes de Picardie, le photographe raconte, par l’image, son regard sur les espaces urbains domestiqués et les histoires que ses yeux ont tissé des rencontres imprévues, des échanges qui lui sont parvenus.

Mêlant le genre documentaire à la poésie, les images de Serge Clément sont d’une autre dimension. Mystérieuses, elles posent des questions comme elles donnent des réponses. A l’image de palimpsestes, elles transfigurent les réalités et plongent le spectateur dans son onirisme, le laissant ainsi discerner l’invisible, écrire l’indicible, et retrouver une forme d’éternité.

JE SUIS D’ICI par Bertrand Meunier (carte blanche à Destin Sensible)

Avec sa série Je suis d’ici, Bertrand Meunier porte un regard critique sur son propre pays, à travers lequel il déambule et où il étudie le territoire dans toute sa complexité et sa diversité.

Par ses portraits et ses photographies de paysages souvent mélancoliques, il raconte, avec justesse et sans grandiloquence, la France d’aujourd’hui et les lieux-emblèmes qu’elle voit se transformer – parfois contre son gré.

La minutie de l’artiste combinée au temps long de la pratique argentique place son travail à la fois dans le genre documentaire et dans celui de la poésie. Frontale et délicate, son œuvre oscille ainsi dans un va-et-vient permanent entre l’ici et l’ailleurs.

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📍Institut pour la photographie, Lille
En Quête’, 10 expositions, ateliers et évènements

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