Être forte

Les gens demandent souvent : « et toi, c’est quoi ton histoire ? »
Celle de mon année 2019 pourrait se résumer en un mot : le mot « force ».

« Force » pour avoir été forte, pour m’être surprise à l’être, et pour l’être encore…

Qu’est-ce-que ça veut dire ?

Être forte, c’est d’abord nourrir un corps – ce corps que j’ai longtemps haï, que je trouvais trop gros, trop lourd, pas assez beau et indigne d’amour
– amour des autres, amour des hommes, amour de moi.
Être forte, c’est pourvoir à mon âme et mon esprit un peu farouche, que l’on me faisait penser être bizarres, bazars, non conformes. C’est pourvoir à mon être et à sa vie.

Être forte, c’est faire de la poésie à partir du néant. C’est redonner de la couleur aux idées noires et laisser les houles d’émotions voguer à fleur de ma peau. C’est faire pousser des fleurs au milieu des ruines d’un champs de bataille.
Être forte, c’est exprimer ce que l’on m’a fait enterrer pendant des années, comme si c’était mal, comme si j’avais tort, comme si c’était « pas comme il faut ».
Être forte, c’est se retrouver après s’être perdue. C’est créer pour réparer, cicatriser, sauver.
Être forte, c’est être sans limite, sauvage, sans cadrage. C’est exprimer l’immense qui envahit parfois et transperce à coups de pourquoi. C’est capturer l’indomptable qui fait rage, le flou qui brouille, la lumière qui file, et les mots qui coulent
– à flots.

Être forte, c’est renaître après une perte. Quatre ans après, toujours et encore revenir à la vie. Tendre vers elle. Même à bout de bras s’il le faut. Revivre. Retrouver le goût des choses. Réapprendre les gestes et les mots les plus simples. Et sourire. Ne surtout pas oublier de sourire.
La perte d’un père, comme la perte d’une partie de moi, envolée vers les étoiles avec lui ; elle a volé, elle m’a dérobé, emporté des bouts de moi.
Perte inconsolable, incommensurable – un coup de feu tiré droit au cœur, qui laisse un abîme immense et le vide. Le vide de vie, le vide d’envie, le vide.
Alors être forte, c’est reconstruire aussi. C’est remplir de vie, d’envie, d’audace. Tenace, c’est se promettre chaque jour d’aimer la vie autant que lui l’aimait, de l’aimer aussi passionnément et intensément, de la faire cette chose précieuse qu’il avait dédié son existence à préserver.

Être forte, c’est renouer avec ce qui a blessé.
Être forte, c’est se relever des coups.
Coups de noirceur, coups d’horreur, coups de terreur. Coups qui tétanisent, coups qui hypnotisent, coups qui annihilent tout. C’est les regarder droit dans les yeux. Droit dans le cœur.
Viser, tirer, coup de poker.
Plus besoin de joker.
Coups au corps, laissés par des mains inquisitrices, qui se sont faites impératrices d’un royaume qui n’était pas le leur. Attouchements, agressions, transgressions, effractions, tous ces doigts qui sont allés arracher des secrets qui ne leur appartenaient pas de subtiliser. Ils lacèrent et laissent le cœur en pierre.
Coup à l’âme, venu toucher un être senti rejeté par cette belle douceur qui l’avait si tendrement animée.
Coup au cœur. Une âme sœur qui a démêlé le filet qui enchaînait un corps au lourd passé, retiré l’armure protégeant son âme, et fait tomber la barricade qui encerclait la flamme, cachée derrière cette cage aux os toujours aiguisés.
Coup qui m’a faite tomber en amour, étreinte d’une force sans précédent.
Coup qui m’a faite écouter mes coups de tête, mes folies et toutes ces choses un peu dingues qu’on ne regrette finalement jamais.
Un joli coup qui m’a (ré-)appris la vie.
Il y avait tout, et puis il n’y avait plus rien, d’un coup.
Un autre coup. Un dernier coup – l’indifférence.

Et puis être forte, c’est ne plus avoir peur. C’est revenir sur les traces de l’horreur et ne plus être prise de torpeur. C’est marcher, avancer, oser. C’est essayer, se tromper, tomber et puis se relever. Et un jour, c’est retrouver son histoire. C’est retrouver mon histoire. Renouer avec mon corps de femme, l’accepter, l’embrasser, me le réapproprier. C’est en perdre à nouveau quelques morceaux parfois. Mais c’est espérer. Sans cesse. Sans relâche. Sans que ça tâche.

Être forte, c’est avoir un cœur beaucoup trop sensible pour le monde, et ne surtout pas vouloir en guérir.

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