Bombe H ~ Pierre Boa [Quick Review]

Depuis le 28 novembre 2019 et jusqu’au 25 janvier 2020, le photographe Pierre Boa présente ‘BOMBE H’ chez Poltred, une exposition aussi délicate qu’elle peut être violente, scénographiée par Hugo Dessalces et imprimée par David Aumer du laboratoire Lynx. 

Dans sa pièce, ‘La Tempête’, William Shakespeare écrit : “Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée par un sommeil”. A travers BOMBE H, Pierre Boa reprend cette idée et, au fil de ses images, met en contraste l’éphémérité d’une prise et l’éternité d’une photographie. 

Oscillant entre légèreté et lourdeur, ses photos sont les captures furtives de lumière éclairant des scènes d’abord imaginées, puis cristallisées sur ses pellicules par le temps d’un déclenchement – il existe alors désormais la trace de tout plein de moments éphémères à jamais disparus de la réalité. 

BOMBE H est une invitation dans le monde intérieur du photographe, un monde caché, dissimulé, secret. Comme derrière l’ombre d’un rideau de velours, on le découvre d’image en image. En tirant délicatement le pan qui traîne au sol, en le soulevant peu à peu, des atmosphères se dévoilent : on rencontre le silence, la peine, le mystère et le mystique, la solitude, l’humanité, l’intimité, la sensibilité. Dans le calme et la patience, il y a la lumière volatile et fragile qui se fraye un chemin, qu’il faut capturer, immobiliser… nos yeux sont rivés sur les premières photographies à l’entrée de la galerie. Et puis soudain, c’est un cataclysme, une véritable explosion, aussi intense qu’elle est brève – elle est là, un court instant, non pas comme pour nous réveiller d’un rêve mais pour nous réveiller de la vie, et retrouver la tendresse des songes.  

Invitation à l’introspection, l’exposition nous enveloppe dans un cocon de brume, doux et intense à la fois ; on respire puis on étouffe, on suffoque et l’air vient à nouveau traverser notre gorge et nos poumons… Inspiration. Expiration. C’est un cycle de vie. 

Les paysages de montagne et les scènes de rue, dont le caractère est accentué par les jeux d’ombres, de lumière et les reflets, sont entrelacés avec des corps un peu flous, légers ou bien lourds, à même le sol ou sous l’eau, féériques ou au contraire bien ancrés dans la réalité.

Mêlant des images qui apaisent et qui bercent avec d’autres plus contrastées, plus sombres, plus obturées, presque oppressantes, Pierre Boa joue des antithèses et crée des dissonances dans les esprits – elles dérangent, elles mettent mal à l’aise, mais elles font réfléchir.  

Invitations au rêve, les éclats de couleurs s’immiscent dans le flot de noir et blanc et, à fleur d’eau et de peau, nous font toucher du doigt l’impossible… le bleu ciel apparaît comme une caresse d’espoir et une apnée dans le monde subaquatique aussi sauvage et inconnu à l’Homme qu’il le fascine et l’enchante, et le rose pâle, telle la douceur cotonneuse imbibée de mélancolie, témoigne presque d’un mal de vivre qu’on tente de transformer et de faire bon vivre

L’exposition BOMBE H possède toute cette dimension mystique et silencieuse, qui dévoile de manière métaphorique la prise de vue – une “explosion intense et soudaine – inondation de lumière” – et révèle le rapport de Pierre Boa à la photographie. Ses clichés disent le champs de bataille après le combat. “J’ai fait ces images parce que la seule chose qui comptait alors pour moi, c’était de retrouver la douceur de ma solitude, et le réconfort du silence. Celui de la nuit ou de ces lieux éloignés du tumulte du monde moderne. Celui tapis en chacun de nous qui nous offre de voyager en nous-mêmes.” explique-t-il.  “J’ai photographié pour retrouver le calme que l’on ressent intensément une fois la tempête passée.” 

Autodidacte, la photographie est pour Pierre Boa intrinsèquement liée à l’instinct et à l’instant. Une humeur, une envie, un besoin de dire quelque chose ou bien de se taire. Il y a quelques temps, autour d’un café, il me confiait pouvoir ne pas toucher à son appareil photo pendant des semaines, jusqu’à ce que le désir revienne, jusqu’à ce que l’élan survienne, comme un coup de poing dans le ventre.

A l’instar de son retour à l’argentique, les photographies de Pierre donnent envie de prendre le temps, de s’attarder, de donner du repos à nos yeux, à nous-même, de s’éloigner de la frénésie d’un monde digital tumultueux où rien ne cesse jamais, où tout défile et passe beaucoup trop vite pour nous, un monde où l’on ne sait plus vraiment vivre… Ses images autorisent à ne pas tout comprendre tout de suite, à laisser le temps décider pour nous…

• Un havre de paix à découvrir ou redécouvrir chez Poltred (54 Cours de la Liberté, Lyon 3) jusqu’au 25 janvier 2020 ! 

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