Récit photographique #1 • Autour du lac

Première pellicule chargée, sac à dos bouclé, je grimpe vite dans ma C1 gris métallisé. Le siège pourtant en tissu, le volant, tout, tout est glacé. Il fait près de 0 degré dehors. Je mets la clé dans le contact, démarre et puis roule quelques minutes à travers le brouillard pour rejoindre le Lac Saint-Amédée. C’est le point d’eau le plus proche de chez ma grand-mère en Bourgogne, une jolie échappée naturelle à pourtant tout juste deux pas de ce qui ressemble de près ou de loin à la civilisation.

Je me gare à proximité. Il n’y a personne encore. Tout est calme. Je suis près de tout et j’ai pourtant l’impression d’être déjà si loin. Devant moi, je perçois à peine le paysage, perdu dans une bruine délicate. Seuls quelques arbres et leurs feuillages percent ici et là le buvard gris clair et tracent le chemin que je m’apprête à suivre.

Ici, les matins à l’aube de novembre sont baignés dans cette brume toujours plus épaisse aux premières heures de la journée. Mais j’aime bien ce côté mystique qu’elle donne aux paysages – les grands pins qui se perdent dans ses travers, le cocon dans lequel elle nous enveloppe, la douceur qu’elle apporte à mon champs de vision, le silence qu’elle rend plus léger, et toutes les merveilleuses simplicités qu’elle voile puis laisse apparaître au fur et à mesure que j’avance sur le sentier.

Premier arrêt, première scène. J’arme mon appareil. Le décor est planté – dans mon viseur : un paysage qui se réveille. L’eau du lac s’évapore et laisse peu à peu place au reflet du bois. Les nuages s’étirent avec la délicatesse d’une femme au réveil. Ciel bleu douceur d’octobre, couleurs d’automne, petite lumière du matin et premiers rayons de soleil. Tout est parfait. Je fais ma mise au point et appuie sur le déclencheur. Première prise.

Et puis tout s’enchaine. Les paysages, les armements, les prises. Tout se fige sur une fraction de seconde. La lumière est prise au piège, quelques pièces de ce paysage d’octobre sont volées au temps, à jamais capturées sur un film de cristaux d’argent. Des plus petits détails : les auréoles, comme des morceaux de soleil, viennent se déposer sur les fleurs sauvages qui poussent un peu partout, un peu au hasard, et laissent apparaître les fils des toiles que les araignées ont tissées et la rosée délicate, fragile, poétique. Aux plus grands champs : les images de la brume qui s’envole vers le ciel, du soleil qui dore les feuilles des arbres persistant encore à rester accrochées à leurs branches, et qui luit toujours plus fort faisant s’intensifier les reflets des bois dans le lac.

J’avance encore. Devant moi, il fait sombre. Je suis à l’entrée d’un sous-bois et il y a comme une arche, comme une porte d’entrée formée par les branches encore légèrement vêtues des arbres qui s’inclinent sur le sentier en gravats. Et soudain, c’est presque un miracle. Un faisceau de rayons perce et dessine des ombres touffues. C’est presque un chemin de lumière, un chemin presque céleste.

Je m’amuse encore un peu avec les ombres de plus en plus marquées qui se forment sur le chemin. Ma balade se termine. Ma pellicule aussi. L’air frais de l’hiver m’a fait du bien. Mes poumons ne sont plus serrés. Je respire à nouveau. Au fond, quand j’y pense, c’est toujours ça que je viens chercher ici, en plein air, dans ces endroits où le silence est roi et ma solitude, sa reine. Ces havres de paix qui nous emmènent loin du poids du monde, loin du bourdonnement incessant, loin et pourtant si près de tout à la fois. Il me semble que c’est toute la magie de ces lieux-là.

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