Il était beau, Dédé.

Ci-dessous se trouve l'éloge funèbre que j'ai écrite pour mon grand-père ce matin, 
décédé mardi 12 septembre dernier, et que j'ai lu à l'Eglise aujourd'hui. 
* Below is the eulogy I wrote for my grandfather this morning, 
who passed away last Tuesday on 12 September, and that I read at church today.

Il paraît que le premier mot qui sort de la bouche d’un enfant est le mot « maman », ou tout du moins un bafouillage qui y ressemblerait de près ou de loin. Ça, c’est ce qui se passe dans la majorité des cas. Mais bien sûr, j’aimais déjà faire les choses différemment, et il se trouve que le premier nom qui est sorti de ma bouche petite était « Dédé ».

Dédé, c’était mon grand-père. Mais Dédé, c’était bien plus que ça. Lui et ma grand-mère n’ont jamais été le genre de grand-parents qui voient leurs petits-enfants une fois de temps en temps, les week-ends ou bien pendant les vacances, quand ça les arrange le plus. Non. Eux, ils ont été pour moi et mon frère bien plus que « papy » et « mamie »; depuis toujours, ils ont été comme des parents de substitution.

Alors oui, Dédé, c’était mon grand-père. Mais Dédé, c’était bien plus que ça.

C’est celui qui me portait sur le bout de ses pieds et me faisait danser la guinguette dans la salle à manger de ma grand-mère.

C’est celui qui m’a offert mon premier vélo – une petite bicyclette turquoise avec un panier jaune et rose criard à l’avant – et m’a appris à en faire.

C’est celui qui venait me chercher à l’école tous les soirs, et m’aidait à faire mes devoirs. Celui, toujours, qui est allé dénicher une balance ancienne dans une petite brocante pour tenter de me faire comprendre les masses et me réconcilier avec les mathématiques.

C’est aussi celui qui m’a donné le goût des arts plastiques et m’a toujours encouragée à créer – des peintures abstraites aux cahiers de collage, en passant par l’art de manier le rouleau à pâtisserie et le jardinage.

C’est celui qui me conduisait à ma leçon d’équitation tous les mercredis et samedis après-midi, aux concours hippiques un peu plus tard, et a amené ce grand bonhomme de 700 kilos dans ma vie, qui allait alors devenir mon meilleur ami quand j’étais en train de sombrer – « il t’a sauvé la vie, ce cheval ! », je l’entends encore dire.

Dédé, c’est celui qui m’a appris qu’une passion s’entretient, se cajole, et est une des choses les plus précieuses que l’on puisse posséder… Une sorte de flamme intérieure qu’on ne doit jamais laisser s’éteindre.

C’est celui qui venait me rendre visite toutes les semaines à l’internat quand les journées se faisaient trop longues et chaque soir était un véritable cauchemar.

C’est celui également, aux côtés de mon papa, qui est parti à l’aventure pour m’accompagner outre-manche lorsque j’y ai déménagé la première fois à 18 ans. Celui qui est venu à la rencontre de ceux « qui ne font jamais rien comme les autres », il disait. Ah ce périple vers la côte sud britannique! Je me demande toujours s’il s’en était vraiment remis, étant donné le nombre de fois où il nous contait ces deux jours-là – le mariage qui prenait place à l’hôtel où il séjournait, le marié et son gros noeud papillon bleu ciel, la quantité gargantuesque de nourriture sur le buffet, et j’en passe.

C’est celui qui m’a suivi partout, dans tout ce que j’entreprenais, celui qui m’a aidé et soutenue et portée. Celui qui s’est formé à l’internet et aux nouvelles technologies pour pouvoir communiquer avec mon frère et moi quand on a quitté le cocon de la maison.

Dédé, c’était l’amoureux de la vie et de la nature et des bonnes choses qu’elle procure. C’était celui qui semblait connaître tout et tout le monde dans la région – le moindre recoin, le moindre passant – et celui qui nous racontait ces histoires que lui seul pouvait connaître. Un vrai moulin à parole et un homme avec le cœur sur la main.

Dédé, c’était celui qui, avec ma grand-mère, avaient toujours représenté l’équipe idéale, le duo de choc, que rien ne peut ébranler ou séparer, même pas la mort.

Dédé, c’était mon grand-père. Mais Dédé, c’était bien plus que ça. C’est celui qui a soulevé tous les poids de nos épaules et les a pris sur les siennes, déjà fragiles et affaiblies, mais si fortes à la fois et tellement solides.

« Alors il est beau, Dédé? », me demandait-il dés qu’il sortait de sa salle de bain et avait vidé la moitié de la bouteille d’eau de Cologne. « Oui, très beau », je lui répondais avec un hochement de tête et en esquissant un sourire.

Il était beau, mon grand-père…

Il était beau, Dédé.

 

He was nice, Dédé.  

Apparently, the first word that comes out of a child’s mouth is the word ‘mum’, or at least a babble that vaguely resembles it. Well… this is what happens in most cases. But of course, I already liked to do things differently, and it turns out that the first word that came out of my little girl’s mouth was ‘Dédé’.

Dédé was my grandfather. But Dédé was so much more than that. He and my grandmother have never been the kind of grandparents who see their grandchildren once in a while, at weekends or during the holidays, when it suits them best. No. To my brother and to me, they were more than ‘grandpa’ and ‘grandma’; they were always more like substitute parents.

So yes, Dédé was my grandfather. But Dédé was so much more than that.

He was the one who carried me on his toes and danced to the sound of the accordion with me in my grandmother’s dining room.

He was the one who offered me my very first bike – a little turquoise bicycle with a gaudy yellow and pink basket at the front – and taught me how to ride.

He was the one who picked me up from school every day, and helped me do my homework. The one, still, who managed to unearth vintage weighing scales at a tiny flea market to try to make me understand weights and help me make up with maths.

He was also the one who gave me a taste for fine arts and always encouraged me to create and make things with my hands – from abstract paintings to collage notebooks, without forgetting the art of wielding a rolling pin as well as gardening.

He was the one who used to drive me to my horse riding lessons on Wednesday and Saturday afternoons, to horse shows a little later, and brought this beautiful 700-kilo boy into my life, who would later become my very best friend, picking me up from the ground as I was falling down a very dark path – ‘this horse saved your life’, I still hear him say.

Dédé was the one who taught me that a passion needs to be taken care of, almost cuddled, and is one of the most precious things one can possess… a sort of inner flame that should never go out.

He was the one who visited me every week at boarding school when the days felt too long and every evening was a real nightmare.

He was the one too who, along with my dad, went on an adventure to come with me across the Channel when I first moved there at the age of 18. The one who came to meet those ‘who do everything differently’, as he used to say. Ah this trip to the British south coast! I wonder if he had ever totally recovered, given how many times he was telling us about those two days abroad – the wedding that was taking place at the hotel where he was staying, the groom and his enormous sky blue bow tie, the gargantuan buffet, and so on and so forth.

He was the one who followed me everywhere, in everything I was undertaking; the one who helped me and supported me and carried me. The one who learnt, all by himself, about the Internet and new technologies so he could communicate with my brother and with me when we left the cocoon of our home.

Dédé was in love with life and nature and with the good things it provides. He was the one who seemed to know everything and everyone in the region – every corner and every passer-by – and the one who told us those stories he was the only one to know of. A real chatterbox and a man with a heart on his sleeves.

Dédé was the one who, with my grandmother, made this perfect team, this great duo, that nothing can shake or tear apart, not even death.

Dédé was my grandfather. But Dédé was so much more. He was the one who lifted all of the weights off our shoulders and carried them on his own – already fragile and weakened, but so strong at the same time and incredibly solid.

‘Is he nice, Dédé?’, he would ask me when coming out of the bathroom and after having emptied half of the bottle of cologne. ‘Yes, very nice’, I would reply nodding and smiling at him.

He was nice, my grandfather…

He was nice, Dédé.

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